" Douce folie " Petit point de situation, ou quand ton cerveau ne veut plus s’arrêter.

Qu’est-ce qui différencie une personne dite saine d’esprit d’une personne atteinte de folie ? Quelle est la différence entre folie et génie ? Qui décide de cela ? Qui décide si une œuvre d’art en est une ou s’il s’agit simplement d’un bel objet ? Est-ce simplement celui qui regarde ? Est-ce intrinsèque à l’œuvre ? Nos comportements sont-ils toujours ce que nous sommes ? Nous définissent-ils ? Sont-ils le fruit de nos pensées ou le résultat de l’influence des mécanismes agissant profondément en nous ? Et si je pense différemment de tout le monde, ai-je tort pour autant ? Si je pense à moi et à mes besoins d’abord, suis-je égoïste ? Et si quelqu’un le fait à mes dépends, l’est-il ? J’aimerais que l’on m’accepte tel que je suis, pour autant je ne parviens pas à pardonner à mon père d’être tel qu’il est. Que dois-je faire ? Que dois-je encore travailler ? Est-ce normal ? Est-ce mal ? Qu’est-ce que le mal ? Et le bien ? Pourquoi ai-je le sentiment que le monde est devenu fou et que tous nous faisons comme si de rien n’était ? Pourquoi ai-je l’impression que nous sommes au bord de l’effondrement en tant que société, que civilisation et que pourtant rien ne change malgré les divers cris d’alarme ?


Voilà. Vous venez de passer l’équivalent de dix secondes dans mon cerveau. Quand je me pose quelques minutes, quand je réfléchis à l’article que je vais écrire, quand je suis sous la douche le matin, ou même quand je regarde un film ou que je conduis. Voilà les questions qui m’assaillent régulièrement et de plus en plus depuis plusieurs semaines, au point d’avoir le sentiment d’être atteint d’une douce folie.


Petit point de situation


Je n’ai pas écrit d’article ces deux dernières semaines. Je n’étais pas en vacances. J'ai essayé. Je n’y parvenais simplement pas. Pas forcément par manque de thèmes. J’ai esquissé quelques essais mais tous je les ai avortés. Par manque de but, d’intérêt, de sens.


J’ai créé ce site parce que je me posais des questions et avais envie de trouver des réponses et de les partager. Mais à quoi cela sert-il ? Quel est mon rôle dans tout cela ? Est-ce vraiment utile ?


J’ai parfois l’impression d’être sur un bateau en train de sombrer, le bateau de l’humanité. J’observe autour de moi. Pas de crise de panique. Les cloches sonnent, les alarmes retentissent. Je regarde autour. Les gens rient, se prennent en photo en maillot de bain sur le pont, font des TikToks, apprécient un verre de vin en terrasse. Ici, un technicien change l’ampoule d’une lampe qui vient de lâcher. Le bateau s’enfonce un peu plus dans l’eau, il se soulève et amorce la descente qui le mènera au fond de l’océan.

Des gens se plaignent au serveur, « ce n’est pas très agréable », le serveur s’excuse et répond qu’il va voir s’il peut faire quelque chose. Les canots de sauvetage sont là mais personne ne s’en soucie. Certains mécaniciens ont une solution et courent la proposer au capitaine. Il sourit et leur dit de profiter plutôt du voyage et de la vue, que tout va bien. Il fait même une annonce générale pour rassurer tout le monde. Il ne veut pas quitter le confort de sa cabine et risquer de perdre son poste. Son équipage non plus d’ailleurs. Je regarde autour de moi. Les gens dansent et font la fête. Ils font des affaires, montent des business, investissent, alors que déjà l’avant du bateau n’est quasi plus visible, recouvert par l’eau qui avance, doucement, mais sûrement. Certains commencent à le voir. Nous avons le temps se disent-ils. Ils rient, jouent, se disputent pour des motifs futiles.

Je regarde autour de moi. Puis c’est moi que je vois. Immobile. Je regarde autour de moi. J’ai l’impression d’être atteint de folie ou bien que tout le monde l’est. Puis je me rends compte que je ne fais rien. Je ne cours pas. Je suis là, immobile, à observer et à décrire.

La création de ce site, la rédaction des quelques essais que vous avez pu lire coïncident avec un travail entrepris au début de cette année. Une ouverture sur soi, sur la psychologie, l’humain, pour essayer de comprendre des mécanismes d’auto-sabotage qui œuvraient dans ma vie, sans que j’en sois conscient, mais surtout sans qu’ils ne correspondent à ce que je souhaitais. Ils étaient littéralement plus forts que moi, et luttaient contre mon moi profond pour me détruire et m’empêcher d’exister pleinement.


"changer" et devenir soi


Mécanisme de l’enfance, blessures, programmes, apprentissages, regard des autres, dictats. J’ai pu les identifier, les comprendre, en saisir l’influence sur ma vie, mes comportements, mes choix, mes décisions, mes relations. J’ai pu ensuite démarrer le long travail de déprogrammation dans le but de parvenir à m’en affranchir. Et quel travail ! Je n’en suis encore qu’aux prémices. Comme le dressage d’un cheval sauvage, cela prend du temps, mais on savoure chaque petit progrès comme autant de victoires.

Mais cette ouverture sur soi m’a aussi fait comprendre d’autres vérités. Déjà, changer a un coût. Je n’aime pas ce terme « changer ». A vrai dire, je ne pense pas que l’on change mais que l’on devient soi plutôt.

Je pense que ce sont les mécanismes et les programmes qu’on nous inculque enfant qui nous changent puis nous influencent au point de prendre le contrôle de nos vies.

S’en libérer nous permet d’être vraiment nous-même.

Pour ma part c’est là qu’est arrivé le « problème ».

Ce travail sur moi m’a demandé de m’ouvrir sur moi-même, d’ouvrir une porte vers ce qu’il y avait au plus profond de moi, comme on descend à la cave d’une vieille maison sans trop savoir ce que l’on va y trouver.

De vieilles photos de famille ou d’enfance ? Des souvenirs agréables ou pas ? Des réponses peut-être ? Mais aussi une vieille chaudière qui grince et qui fait peur, une odeur d’humidité, une lumière étrange ? Je me suis rendu compte que si je n’étais jamais descendu, c’est parce que j’avais peur de ce que j’allais y trouver, mais aussi des effets que cela pourrait avoir sur ma vie.

Alors j’avais mis une énorme armoire devant cette porte pour la cacher, mais aussi pour éviter à ce qu’il y avait dedans de sortir.

Cette armoire, elle était constituée d’obstination, d’une confiance apparente et débordante, d’un caractère fort, dur, d’un masque et de pleins d’autres choses encore. C’est d’ailleurs en décidant d’ouvrir cette porte que j’ai compris le rôle qu’avait le fait de boire dans ma vie. C’était un peu le rideau qui cachait la grosse armoire. Quand je buvais, cela faisait taire tous ces questionnements, éteignait mon cerveau qui réfléchissait trop et qui souffrait. Et enfin je pouvais me détendre. Je l’ai compris quand j’ai cessé de boire il y’a environ neuf mois. Je l’ai compris car c’est au moment où je réfléchissais un peu trop, les questionnements et douleurs devenant intenables, que je rechutais en buvant un verre ou plus. Je pense d’ailleurs que nous sommes beaucoup dans ce cas sans oser l’accepter et le traiter. J’ai compris depuis que je ne pourrai à nouveau apprécier réellement un verre de vin que quand j’aurai réglé mes failles intérieures. Quand je serai en mesure de calmer mon esprit uniquement par moi-même, sans avoir besoin d’un verre ou de quelqu’un.

Je serai alors libre de le savourer car je n’en aurai plus « besoin ».


En décidant de « descendre » au plus profond de moi, je savais que ce choix changerait une partie de la manière dont j’agis. Mais cela a eu des effets insoupçonnés. Cette démarche a ouvert une porte sur une sensibilité que je m’interdisais d’exprimer, et par la même, sur énormément de questionnements, faisant bientôt écho chez moi à cette phrase prononcée par Cypher dans Matrix :

« les ignorants sont bénis ».

Accéder à son « moi » intérieur, comprendre ses mécanismes et une partie des comportements humains vous offre une sorte d’accès au logiciel, mais aussi à une forme de vérité, comme quand Neo choisit la pilule rouge. Certes il accède au savoir, mais il doit aussi abandonner certaines choses, notamment un certain confort offert par l’ignorance.


Alors je me dis que j’en suis certainement là, au moment où Neo se réveille dans le Nebuchadnezzar, avec un sacré mal de tête, découvrant l’envers du décor, et comprenant ce sentiment étrange qu’il avait toujours eu dans la matrice, que ce monde n’était pas réel ou un simulacre de vérité. Il comprend aussi que ses choix ont des conséquences, que le changement est difficile. Qu’il doit laisser certaines choses sur ce chemin et en abandonner d’autres. Que cela a un prix.


le savoir qui libère


Mais il accède aussi à une forme de liberté. Et il peut ensuite œuvrer à devenir ce pour quoi il est né : être l’élu. Et alors la place du doute, tout au long du film, est magique tout comme elle peut l’être dans nos vies. Devient-il l’élu parce qu’il l’est réellement ? Parce que tout le mène à cela ? Ou simplement parce que les autres le considèrent comme tel ?

Alors bon, je ne suis pas l’élu c’est sûr. Mais voilà un peu où j’en suis.


Je voulais partager cela avec vous aujourd’hui. Peut-être que vous aussi parfois vous vous demandez si vous n’auriez pas préféré la pilule bleue. Rester ignorant. Ou simplement éteindre votre cerveau. Ne pas être trop sensible. Rester la tête dans le trou.


Mais n’oubliez pas que tout cela est une force, et que si aujourd’hui vous ne savez pas où vous en êtes ce n’est pas très grave. Continuez à vous poser des questions, à agir, à être vous-même un peu plus chaque jour. Vous ne pourrez pas plaire à tout le monde, peut-être que vous décevrez et blesserez certaines personnes. Je ne dis pas que ce n’est pas grave mais ceux qui vous aiment vraiment pour ce que vous êtes comprendront. Accéder à soi n’a pas de prix mais peut être couteux. Vous passerez par des moments de doutes, des instants difficiles, emprunterez de mauvais chemins peut-être, mais vous ne vous perdrez pas. Vous avancez.


Interrogez-vous souvent. Corrigez la trajectoire parfois.


Même le plus grand des dirigeants se demande parfois s’il a pris la bonne décision. Le doute est inévitable. Ne confondez pas alors obstination et détermination, mais n’abandonnez pas le combat.


Pour ma part j’ai enfin trouvé ma voie même si les questionnements et la quête de sens m’assaillent.

Je vous en dirai plus lors de prochains articles. En attendant j’aimerais beaucoup en savoir plus sur vous. Si vous lisez ce texte, peut-être êtes-vous juste curieux, mais sûrement que vous « travaillez » aussi sur vous. Que vous vous posez des questions.

Où en êtes-vous ? Vous sentez-vous perdu ou au contraire sur le bon chemin ? N’hésitez pas à m’en faire part.


Alors pour finir ce dimanche et cet article je vous invite à réfléchir à cette superbe citation d’Oscar Wilde :

« Rien, dit Emerson, n'est plus rare dans un homme qu'un acte qui soit de lui. La plupart des gens sont d'autres gens. Leurs pensées sont les opinions de quelqu'un d'autre ; leur vie est une imitation ; leurs passions, une citation. Il n'y a qu'une façon de réaliser sa propre âme, et c'est de se débarrasser de la culture."
Oscar Wilde
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