" Etre un homme "

Mis à jour : 10 avr. 2020

Qu'est ce qu’être un homme ? Un homme, un vrai ?



Dans le monde occidental moderne, le fait « d’être un homme » prend un sens majoritairement moral. « Un vrai homme travaille dur et doit être résistant ». « Un vrai homme sait prendre l’initiative, être responsable », dit-on.


Pour ma part, ces trois mots « être un homme » m’évoquent des références diverses, et j'ai voulu m’intéresser à la question.

Il y a d’abord ce poème de Rudyard Kipling, « if » qui se termine par cette fameuse phrase

« tu seras un homme mon fils ».

Mais encore, cette chanson d’Eddy de Pretto « tu seras virile mon fils » qui pour le coup renferme une idée complètement différente.

Il y a aussi ces phrases que l’on a surement tous entendu :

« Fait-le si t’es un homme! »
« Est-ce un homme ? un vrai ? ».

Et ces autres, détournées, qui sous entendent le contraire :

« t’es qu’une tapette, t’es qu’un pd », « regarde il a peur comme une femmelette » « il pleure comme un bébé » et j’en passe ...


Alors être un homme, est-il lié à notre gout du risque, notre absence de peur, notre orientation sexuelle, le fait de cacher ses sentiments ou de ne rien ressentir ? Y a-t-il un âge ou l’on devient un homme ? Et à quelles conditions ?


Pourquoi la question est intéressante ?


Être un homme, c’est comme avoir un curseur devant soit et devoir le placer au bon endroit, entre sensibilité d’un coté et force de l’autre. Ce qui me donne envie d’écrire cet article, c’est que souvent il nous est difficile de savoir où le positionner.

Cette société, la nôtre, celle que nous avons créé, se perd dans ses codes, et nous avec.


Il y a encore peu de temps, peut-être du commencement de l’humanité à il y a un peu plus d’un siècle, un homme, c’était souvent celui qui travaillait aux champs, qui chassait, qui nourrissait et protégeait son foyer. C’était aussi celui qui partait à la guerre, qui mourrait pour sa famille, sa patrie, c’était celui qui quittait le navire après femmes et enfants.

Mais aujourd’hui, où l’on n’a plus besoin de chasser, à une époque ou Monoprix nous évite pour la plupart d’avoir à cultiver un champ chaque jour, où participer à une guerre pour la gagner consiste à rester dans son canapé devant Netflix, et où avouons-le, dans notre vie, nous ne connaissons que peu de naufrage pour la plupart, qu’est ce qui définit un homme ?


Il semblerait déjà que l’on ne nait pas « homme », mais qu’on le devienne.


Dans plusieurs civilisations reculées et isolées de la notre, cela se traduit même par un rituel d’initiation. Le garçon, par une action concrète, devient un homme. Et ce passage d’un état à un autre ne se fait finalement que dans le regard que porte la communauté ou la société sur lui, lui qui à prouver qu'il pouvait être accepté et vu comme tel.

Pour exemple, chez les Maasaï, le courage est le véritable reflet du guerrier. Un garçon n’ayant pas en lui cette majestueuse qualité ne pourra jamais accéder au monde des hommes. Et bien sûr, pour mettre le courage d’un homme à l’épreuve, il n’y a rien de mieux qu’une bonne vieille chasse au lion ! Pour le peule le peuple Karo, de génération en génération, les garçons entre 10 et 14 ans doivent eux prouver leur masculinité au monde entier, en sautant complètement dénudés par-dessus plusieurs taureaux.

Remarquons que dans ses rites, être un homme est toujours associé à la démonstration de sa résistance à la douleur, à la peur, et au courage. Le garçon doit prouver qu'il n'est plus un enfant, et doit en faire la démonstration s'il veut accéder à son nouveau statut.

A l’inverse, savez-vous, dans la grande majorité des peuples, à quel moment la petite fille est considérée comme une femme ? On estime souvent qu’elle le devient a l’apparition de ses premières règles.

D’une certaine manière, dans de nombreuses cultures, une femme le devient par nature, alors qu’un homme lui, doit le montrer par des actes, et en quelque sorte, prouver qu'il en est bien un.


Nous ne parlons pas ici de genre, mais de société, d’images et d’attentes, de pression sociale et culturelle. Le problème de l’égalité des sexes est suspendu lui aussi à cette question « qu’est ce qu’être un homme ?». Prenons un exemple fort pour illustrer le propos.

Nous sommes tous d'accord pour dire que les responsables de la Shoah sont bien les nazis, et pas les juifs. De même, le problème de discrimination des femmes par rapports aux hommes vient bien des hommes et pas des femmes. Et même si ces dernières peuvent lutter, la solution ne peut venir que des hommes, de leurs actions, et de la manière dont ils sont éduqués. Si les jeunes allemands n’avaient pas grandit avec cette colère, cette amertume de la défaite de la première guerre et ce désir de revanche, Hitler n’aurait pu nourrir ce ressentiment et lever tout un peuple à sa cause ; la seconde guerre mondiale n’aurait peut être pas eu lieu.

C’est ce que nous mettons dans la tête de nos jeunes hommes et de nos jeunes filles aujourd’hui qui forgera leurs comportements de demain, et notre société toute entière.

Et c’est en cela que cette question me parait importante.


Souvent, quand mon fils se plaint, qu’il pleure ou bien qu’il se fait mal, je me surprend à lui dire « tu es un homme, ne pleure pas, sois fort ». Je me rends compte du poids de cette phrase.

Je lui envoie un message que je grave dans son jeune esprit en construction : il ne doit pas pleurer car c’est une marque de faiblesse, il ne doit pas exprimer ce qu’il ressent sinon cela ne fait pas de lui un homme. Alors bien sur je ne pense pas à mal, je crois le protéger, qu'ainsi il sera plus endurci et plus à même de se défendre, et ainsi de moins souffrir.


Car en effet c’est de cela dont il s’agit.

Être un homme dans notre société est souvent associé à une image de virilité. Selon Wikipédia, La virilité désigne, je cite, « les caractéristiques physiques de l'homme adulte, au sens biologique, le comportement sexuel de l'homme, en particulier sa vigueur et sa capacité à procréer, qui lui sont culturellement associés ».

Dans cette description, le fait d’être un homme est associé à la puissance, souvent confondu avec la force ou la violence, mais aussi au comportement sexuel, à sa vigueur et capacité à procréer. Pourtant la virilité ne fait pas l’homme.

Dans la chanson d’Eddy de Pretto, c’est justement cette image de virilité inculquée par son père que l’artiste rejette. Le « tu seras virile mon fils » est une injonction du père à son enfant, dans l'objectif de faire de lui ce qu'il considère comme un homme. Ne pas correspondre à cette image fait il de son fils autre chose qu’un homme ? Évidemment que non. Le problème n’est alors pas dans la nature, mais bien dans les critères de jugement.


Kipling dans son poème, donne quant à lui des critères bien différents. (Pour ceux qui ne le connaitrait pas, il est à la toute fin de cet essai). Dans sa description, l’homme n’est pas associé à cette image archaïque de la virilité et de la force. L’homme c’est celui qui prend ses responsabilités, qui ne soupir pas, qui aime sans être fou d’amour, c’est celui qui sait être tendre tout en restant fort. Il ne ment pas, il reste digne et humble, reste maitre de ses rêves, brave mais jamais imprudent, sage mais jamais pédant, il médite, observe et connait, est courageux sans être téméraire.


Et notre instinct animal dans tout cela ? diront certains. Peut-on renier des millions d’années d’évolution pendant lesquels l’homme bestial et puissant, qui prouvait sa vaillance, était celui qui suscitait le désir ?

Et bien, selon une étude, « 78,2% des femmes interrogées ont déclaré préférer les gentlemen, les hommes responsables et matures. Alors même si pour 21,8% des sondées, les mauvais garçons apportent du piment dans leur vie, en vieillissant, les attentes ne sont plus vraiment les mêmes ! »

Certes d’autres études montrent aussi qu’un « homme un peu plus grand qu’elle pour le coté protecteur, avec des épaules un peu plus larges, sont des attributs qui parlent aux femmes et à leur inconscient ». Elles restent tout de même davantage attirées par un homme honnête, droit, qui exprime clairement ses sentiments, qui prends soins des gens qu’il aime, bien plus proche de la description de Kipling.

Malheureusement, ce n’est pas aujourd’hui l’image que notre société transmet de l’homme à travers clips, films et publicités, tout comme elle ne transmet pas la bonne image de la femme.


Être attentif à tout cela, non seulement dans notre manière de nous comporter, dans notre manière d’être tout simplement est primordiale, et davantage encore dans l’éducation de nos enfants. Chercher d'autres exemples que ceux qui sont présentés à eux est essentiel.


Devenir un homme, c’est trouver l’équilibre entre force et vulnérabilité et mettre le curseur au bon endroit. C’est aussi vaincre ses peurs, non pas celles de sauter dans le vide, ou de se battre contre quelqu’un. Il s’agit bien là de nos peurs intérieures et profondes. Celle de paraitre vulnérable, que l’on nous atteigne, que l’on nous blesse, que l’on nous fasse même souffrir.


Dan Millan dans son livre « le guerrier pacifique » décrit l’homme comme combattant, non pas des ennemis de l’extérieur mais bien de ses propres pensées. C’est en cela qu’il devient un guerrier, parce qu’il acquiert la parfaite maitrise de ses émotions, et sait « être fort sans être faible, courageux sans être téméraire » comme décrit dans le poème. Ce n'est pas un hasard si l'on retrouve beaucoup de ses aspects et valeurs dans le code moral des samouraïs.


En le relisant, ce poème m’a fait penser à un texte écrit par Paul contenu dans la bible. Il y énonçait les caractéristiques de l’amour. Amusez vous à remplacer « l’amour » par « l’homme » et vous y trouverez quasiment un résumé du poème de Kipling :


« L'amour est patient, il est plein de bonté ; l'amour n'est pas envieux ; l'amour ne se vante pas, il ne s'enfle pas d'orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son intérêt, il ne s'irrite pas, il ne soupçonne pas le mal, il ne se réjouit pas de l'injustice, mais il se réjouit de la vérité ; il pardonne tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. » 1corinthiens 13:4-7

Ainsi, encore une fois, il s’agit d’un simple choix : Être guidé par l’amour ou par nos peurs.


Il s’agit d’éducation, de valeurs, de culture et d’apprentissages, tant pour nous même que pour nos enfants. Chacun peut trouver sa propre définition, il y a autant d’hommes qu’il y a d’hommes. Chacun peu créer de nouveaux codes, de nouveaux critères, du moment qu’ils sont guidés par le respect des autres, de soi, et par l’amour.

Pour ma part le poème de Kipling est une sorte de ligne directrice, à vous de trouver la votre !


Ainsi, je lui laisse le soin de terminer cet essai, en version original, et traduit en français, par ces quelques lignes dédiées à son fils.


If you can keep your head when all about you Are losing theirs and blaming it on you; If you can trust yourself when all men doubt you, But make allowance for their doubting too; If you can wait and not be tired by waiting, Or, being lied about, don't deal in lies, Or, being hated, don't give way to hating, And yet don't look too good, nor talk too wise; If you can dream - and not make dreams your master; If you can think - and not make thoughts your aim; If you can meet with triumph and disaster And treat those two imposters just the same; If you can bear to hear the truth you've spoken Twisted by knaves to make a trap for fools, Or watch the things you gave your life to broken, And stoop and build 'em up with worn-out tools; If you can make one heap of all your winnings And risk it on one turn of pitch-and-toss, And lose, and start again at your beginnings And never breath a word about your loss; If you can force your heart and nerve and sinew To serve your turn long after they are gone, And so hold on when there is nothing in you Except the Will which says to them: "Hold on"; If you can talk with crowds and keep your virtue, Or walk with kings - nor lose the common touch; If neither foes nor loving friends can hurt you; If all men count with you, but none too much; If you can fill the unforgiving minute With sixty seconds' worth of distance run - Yours is the Earth and everything that's in it, And - which is more - you'll be a Man my son!


Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties Sans un geste et sans un soupir ; Si tu peux être amant sans être fou d'amour, Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre, Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour, Pourtant lutter et te défendre ; Si tu peux supporter d'entendre tes paroles Travesties par des gueux pour exciter des sots, Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles Sans mentir toi-même d'un mot ; Si tu peux rester digne en étant populaire, Si tu peux rester peuple en conseillant les rois, Et si tu peux aimer tous tes amis en frères, Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ; Si tu sais méditer, observer et connaître, Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ; Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître, Penser sans n'être que penseur ; Si tu sais être dur, sans jamais être en rage, Si tu sais être brave et jamais imprudent, Si tu sais être bon, si tu sais être sage, Sans être moral et pédant ; Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite Et recevoir ces deux menteurs d'un même front, Si tu peux conserver ton courage et ta tête Quand tous les autres les perdront, Alors les Rois les Dieux la Chance et la Victoire Seront à tout jamais tes esclaves soumis, Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire, Tu seras un homme mon fils !


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