" Lâcher prise "

Mis à jour : 5 août 2020


Pour ceux qui lisent mes articles régulièrement, vous l’avez peut être remarqué, j’écris des essais de deux manières différentes, en mixant les deux parfois. Certains articles sont très documentés avec des sources et de nombreuses recherches. Parfois j'écris davantage avec le cœur.

La plupart évidemment associent les deux.

Pourquoi cette introduction ? Car je crois que pour parler de lâcher prise, on ne peut écrire qu’avec le cœur, sans chercher à expliquer, à argumenter, ce qui serait presque contre productif. Alors cet article sera le cheminement de ma réflexion sur le sujet, sans recherche de but à atteindre, sans même de relecture ... en total lâché-prise.

Déjà, comme souvent, c’est une image qui me vient en premier. Mon cerveau, comme beaucoup à besoin d’associer les mots et les idées à des images afin d’en saisir davantage le sens. Je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde mais cela m’aide énormément.

Savez-vous par exemple que je retiens très difficilement les prénoms, même des personnes qui partagent mon quotidien, ou des gens que j’aime beaucoup ? C’est inexplicable. En revanche je suis capable de dessiner un appartement quasiment à l’échelle même si je n’y suis allé qu’une seule fois, ou de retenir l'expression d'un visage, ou la tenue complète que quelqu'un portait.


Alors pour retenir les prénoms, je les associes à des images.

À une époque, je prenais mon café dans un bar tout les matins, mais impossible de retenir le prénom du serveur que je voyais pourtant chaque jours. Là voyez, au moment ou j’écris, mon cerveau s'active et cherche encore. Mais je me rappel en revanche d’un détail. Il avait les cheveux bouclés, comme les avait césar dans un film que j’avais vu enfant. Et tous les romains avaient ou presque les même cheveux dans ce film. Et voilà, il s’appelait Romain.

Pour d’autre je me rappel d’un texto envoyé par exemple. Je visualise le message littéralement dans ma tête et mon regard remonte en haut de l’écran pour voir le prénom. Perturbant n’est ce pas ? J’espère ne pas être le seul dans ce cas, mais en effet, même dix ans après je me rappel davantage d’une image, d’un plan de maison, de la tenue de quelqu’un que de son prénom. Allez comprendre.

Ainsi l’image qui me vient pour le lâcher prise, c’est celle d’une main accrochée à une prise d’escalade. À ce moment précis, plusieurs solutions s'offrent à notre grimpeur bloqué sur sa paroi. Attraper cette autre prise en haut à droite qui semble inaccessible, ou le mettrait en déséquilibre. Ou bien descendre d’un mètre pour récupérer cette autre prise un peu plus bas pour emprunter un chemin différent. Dernière option : lâcher tout simplement et se laisser tomber pour reprendre en bas sur une autre voie.


Cette main crispée qui s’accroche à cette prise et qui ne veut pas lâcher, parce quelle ne sait pas de toutes les décisions laquelle est la meilleure, laquelle nécessite le moins de prises de risques, de chute, de blessure ou pire, je ressens tout sa tension, tout ce poids du corps à porter sur cinq doigts qui s'agrippent. Laquelle des solutions mènera le plus rapidement à l’atteinte de l’objectif. C’est le mini chaos dans la tête. Alors que fait le cerveau ? Il ne lâche pas prise et s’accroche désespérément à ce petit morceau de granit ou autre. Mais plus il s’accroche, plus il repousse la décision, et surtout, plus la main souffre, ce qui réduit les chances de notre grimpeur d’atteindre sa destination dans les meilleures conditions. Les ressources du corps, monopolisées à tenir cette position et cet équilibre précaire, pourraient plutôt être utilisé par le cerveau pour chercher une solution et avancer, mais ce n’est pas le cas.

Les ressources vont finir par manquer, et notre grimpeur va se retrouver épuisé. Inévitablement à un moment ou un autre, il lâchera cette prise. Soit il chutera, soit il n'aura pas la force d’aller chercher l’autre voie plus haute, ou assez d’énergie pour prendre du recul et voir les autres solutions.

Et ainsi nous chutons ou manquons notre objectif.

Alors qu’est ce que c’est le lâcher prise ?

Pourquoi est-il si difficile de lâcher prise ?


Avoir le contrôle nous rassure, tout du moins croire que nous avons le contrôle car c’est en réalité souvent une illusion.

Si vous avez eu une enfance difficile, ou des traumas, contrôler votre environnement va vous donner une sensation de sécurité relative. Si vous contrôlez votre environnement vous contrôlez aussi ce qui peut vous arriver. Cette démarche peut aussi avoir des déviances.

En effet, quelqu’un dans ce schéma, va vite se rendre compte que, s’il à le pouvoir de contrôler son environnement, il ne peut en revanche pas avoir de contrôle sur les autres, qui du coup peuvent être des sources de dangers potentiels pour sa propre sécurité. C’est ainsi que naissent des manipulateurs. Afin de maximiser leurs chances de conserver ce climat de sécurité, ils vont opter inconsciemment pour deux solutions : s’entourer de gens facilement influençables ou malléables, et développer des techniques pour les manipuler et les amener à penser ou à agir comme il le souhaite. Ce cheminement est la majeure partie du temps inconscient chez les manipulateurs, même s’ils sont en mesure de remarquer que telle ou telle action porte plus ou moins de fruit, ils connaissent rarement les raisons qui les mènent à faire cela. Seule une prise de conscience de cette mécanique et une réelle introspection peuvent leur permettre de sortir de ce schéma. Il leur faudra ensuite faire le choix de régler ces failles et blessures afin de reprendre réellement le contrôle de leur vie sans entrer dans des attitudes destructrices, pour eux et pour leur entourage.


Alors heureusement nous ne sommes pas tous des manipulateurs ou des pervers narcissique. En revanche il est bien de connaitre l’origine de cette difficulté à lâcher prise : ce besoin de contrôler notre environnement pour créer un sentiment de sécurité, un besoin dicté par la peur.

En réalité, comme évoqué plus haut ce sentiment de sécurité est tout autant relatif que le contrôle que nous croyons avoir sur nos vies.

Le lâcher prise c’est accepter cela. Que quoi que nous fassions, les choses se passeront comme elles doivent se passer. Que tenter de les orienter, de les changer, de les transformer, d’empêcher qu'elles arrivent, n'a aucun intérêt et ne fonctionnera pas.

Attention je ne dis pas là que nous sommes prédestiné, mais qu’il est plus important de développer des techniques et moyens de s’adapter à notre environnement que de tenter de le modifier.


Deux citations font parties de mes fondamentaux aujourd’hui :

La première, la voici :

« Que la force me soit donné de supporter ce qui ne peut être changé, et le courage de changer ce qui peut l’être, mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre » Marc-Aurel

Le lâcher prise ne veut pas dire que tu es impuissant et ne dois rien faire.

Il englobe plutôt l'idée d'accepter la situation, quelle qu'elle soit, que l'on puisse intervenir ou non sur cette dernière.

Quand j’étais enfant, j’ai lu un verset contenu dans la bible que j’aime particulièrement et qui m’a profondément marqué, entre autre par ces images et sa simplicité. Le voici :


« Qui de vous, par ses inquiétudes, peut rajouter une coudée à la durée de sa vie ? » Mat. 6:27

Voici le contexte du verset :


Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans les greniers ; et votre père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent ; cependant je vous le dis que Salomon même dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. [...] Ne vous inquiétez donc pas du lendemain ; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine »

Matthieu 6 : 26 – 34

Que l’on soit croyant ou non, ce message invite à la réflexion, mais aussi à l’humilité.

Ce n’est pas une ode à l’oisiveté, mais bien au lâcher prise, au fait de ne pas s’inquiéter.

Je repense souvent à ces verset quand je m'inquiète d'une situation.

Je me remémore aussi les moments difficiles que j'ai pu avoir et traversé dans ma vie. Je me souvient de la sensation d'impuissance et d’inquiétude dévorante à l’époque. Et puis, je me regarde aujourd’hui, et je constate que je m'en suis sorti, que j'ai appris, que j’ai grandis.

Mais surtout que m’inquiéter était inutile, car tout est finalement rentré dans l'ordre, et que souvent avec du recul j'en souri.

Alors aujourd’hui, quand mon esprit s'emballe ou que l’inquiétude me gagne, quand une situation me paralyse, je me projette dans le futur, au moment précis ou je repenserais a cette période en souriant avec légèreté. Alors j’essaie de m'efforcer de commencer par en sourire. Et ensuite je met en place ce qu'il m'est possible de faire pour remédier à la situation, ou bien tout simplement, je lâche prise s'il m'est impossible d'y faire quoi que ce soit.


" Sois de l'eau "


Même pour quelqu'un qui est avancé dans son travail d'introspection, dans la maîtrise de son flot de pensée, le détachement peut demeurer une réelle difficulté.

A ce sujet, l'exemple de Bruce Lee est édifiant.

Il a probablement écrit une des plus belle métaphore liée au lâcher prise. Son cheminement pour y parvenir est tout autant instructif.

Le voici pour rappel :


" Vide ton esprit, sois informe. Informe, comme l’eau. Si tu mets de l’eau dans une tasse, elle devient la tasse. Tu mets de l’eau dans une bouteille et elle devient la bouteille. tu la mets dans une théière, elle devient la théière. Maintenant, l’eau peut couler ou elle peut s’écraser. Sois de l’eau, mon ami. " Bruce Lee

Lee retrace la pensée à l’origine de cette maxime. Elle est venue après une période de frustration due à son incapacité justement à maîtriser « l’art du détachement », le « lâcher prise » que Yip Man cherchait à lui transmettre.

Il raconte :

" Lorsque ma conscience de moi a augmenté pour devenir ce que les psychologues appellent le type « double contrainte », mon instructeur m’approcha de nouveau et me dit :

" Préserve-toi en suivant les méandres naturels des choses et n’interviens pas. Rappelle-toi de ne jamais te défendre contre la nature; ne sois jamais en opposition frontale à un problème, mais contrôle-le en t’équilibrant avec lui. Ne t’entraîne pas cette semaine: rentre chez toi et réfléchis-y. "

Après avoir passé de nombreuses heures à méditer et à pratiquer, j’ai renoncé et je suis parti naviguer seul dans une jonque. Sur la mer, j’ai pensé à tous mes entraînements passés et je me suis énervé contre moi-même et j’ai frappé l’eau!

À ce moment-là, une pensée m’a soudainement frappé ;

Cette eau n’était-elle pas l’essence même du kung-fu?

Cette eau ne n’avait-elle pas illustré tout à l’heure le principe du kung-fu ? Je l’ai frappée mais elle n’a pas souffert. Je l’ai frappée une nouvelle fois de toutes mes forces, mais elle n’a pas été blessée! J’ai ensuite essayé d’en saisir une poignée, mais cela s’est avéré impossible. Cette eau, la substance la plus douce au monde, qui pouvait être contenue dans le plus petit contenant, semblait seulement faible. En réalité, elle pourrait pénétrer la substance la plus dure du monde. C’était ça! Je voulais être comme la nature de l’eau.

Soudain, un oiseau a volé et a laissé son reflet sur l’eau. À ce moment-là, la leçon de l’eau était en train de m’absorber, et un autre sens mystique du sens caché s’est révélé à moi.

Les pensées et les émotions que je ressentais devant un adversaire ne devraient-elles pas passer comme le reflet des oiseaux survolant l’eau ?

C’était exactement ce que voulait dire le professeur Yip. Pour me contrôler, je dois d’abord m’accepter en allant avec et non contre ma nature. "

Citant les célèbres enseignements de Lao Tzu , Lee écrit ensuite :


Le phénomène naturel que l’homme du kung fu considère comme étant la ressemblance la plus proche de wu wei est l’eau: Rien n’est plus souple et faible Au monde que l’eau. Pourtant pour attaquer Ce qui est dur et fort Rien ne la surpasse Et personne ne pourrait l’égaler.

Lâcher prise, c’est laissé les choses glisser sur nous. Laisser ce qui doit s’en aller et accueillir ce qui doit arriver. Lâcher prise c’est cesser de s’inquiéter pour des choses qui n’ont qu’une chance infime d’arriver, conscient qu’en faisant cela nous gaspillons simplement notre énergie. Lâcher prise c’est se laisser porter parfois et comprendre que l’on ne peut pas tout maîtriser. Lâcher prise c’est faire preuve de souplesse, d’ouverture d’esprit. Lâcher prise c’est aussi éduquer son esprit à le faire par la lecture, la méditation, et l’ancrage dans le présent. Lâcher prise, c’est aussi se détacher du regard des autres pour être pleinement nous-même, sans contraintes. Lâcher prise, c’est aussi écrire cet article comme il vient, en laissant son flux de penser s’exprimer, même si parfois on à l'impression de s'éloigner du sujet. C’est accepter que l’on a parfois envie d’être au calme, ou d’être entouré, et l’accepter. Lâcher prise c’est apprendre à se connaitre davantage pour mieux identifier ses ressources, ses talents, mais aussi les aspects pour lesquels ont est moins doué. Lâcher prise c’est décider de les accepter, de les travailler, ou de les laisser tel quel. Lâcher prise s’est s’accepter et cesser de se comparer.


Lâcher prise c’est se laisser porter par la brise, en profitant de ce beau voyage qu’est la vie, et profiter pleinement du séjour, et de ceux qui le partagent.


Lâcher prise, c'est cesser d'avoir peur.

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