" Le temps "


C’est étrange la notion de temps.


Le mois prochain j’aurai 36 ans.

On dit que le temps passe vite. Pourtant il semble immuable.

Quand nous partirons, lui sera toujours là, poursuivant sa course. N’est-ce pas nous en réalité qui le traversons telles des ombres, comme s’il nous accordait une faveur ? C’est nous qui passons, lui nous observe tout simplement.


Il s’en est passé des choses cette semaine.

La plus grande de mes filles est en quelque sorte devenue une femme, me rappelant que tous nous avançons dans le temps inexorablement.

Mais ce n’est pas la première chose que je me suis dite. J’ai surtout pensé aux difficultés qu’elle rencontrerait bientôt. Nous vivons dans un monde où être une femme n’est pas place aisée, clairement. La vérité crue est que quand on est un homme, cela ne nous importe que peu tant que nous ne sommes pas confrontés au sujet. Cela ne semble pas nous concerner, surtout parce que nous n’y sommes pas sensibilisés. Mais le changement, j’en ai peur, ne peut malheureusement venir que des hommes, un changement de mentalité et d’éducation, initié par les femmes évidemment.


C’est un sujet vaste et complexe. L’actualité nous le montre. Mais en tant que père, que parent, on se demande comment protéger son enfant, surtout quand on apprend en parlant avec son entourage que pas une de nos amies n’a échappé à une agression quelle qu’elle soit, des insultes aux remarques désobligeantes, en passant par des caresses déplacées, des attouchements, quand ce n’est pas un viol. Les chiffres donnent le vertige.

Je suis terrifié par l’idée que pour la plupart elles évitent de porter certaines tenues par peur, même en plein jour, même dans la rue. Terrifié par l’idée que ma fille, ma petite amie, mon amie, ma sœur, ne puissent pas être libres et se sentir en sécurité. Il m’est déjà arrivé de ne pas porter une tenue par peur du « qu’en-dira-t-on » mais jamais parce que j’avais peur pour mon intégrité ou ma sécurité. Évidemment ce sujet fera l’objet bientôt un article.

Il donnera des chiffres mais invitera surtout à la remise en question sur la manière dont nous « considérons » les femmes dans notre société et une réflexion sur les moyens pour changer cela.


En attendant, j’aimerais avoir le ressenti de ma fille, celui d’une jeune fille de 12 ans en 2020. Je lui ai donc proposé de rédiger l’article de la semaine prochaine et avec enthousiasme elle a accepté ! Je lui laisse carte blanche. A travers sa vision de la vie, celle d’une préadolescente, elle nous offrira un regard différent et une sensibilité particulière sur le monde j’en suis sûr. J’ai hâte de découvrir ce qu’elle va nous proposer.

Autre nouvelle cette semaine, mes enfants ont eu une petite sœur.

C’est étrange, je n’ai pas de lien avec cette petite fille, mais elle entre pourtant dans la famille et j’aime cette perspective. J’aime aussi que mes enfants soient si heureux. Qu’à leurs âges respectifs de 12, 10 et 8 ans, ils découvrent ce plaisir d’avoir un petit être qui rejoint leur fratrie, que leur petit cœur s’agrandisse. Je me suis toujours demandé ce que cela me ferait quand la mère de mes enfants aurait à nouveau un enfant. Et là, je m’aperçois que je suis simplement envahi d’une vague de sentiments positifs, pas un soupçon de négatif.

Je suis heureux que ce petit bout soit en bonne santé, que sa maman soit heureuse elle aussi. C’est comme si étrangement la famille s’agrandissait. Dans un autre registre, cela me rappelle aussi que l’amour a plusieurs formes. Et que plus il se défait de la jalousie, de l’égoïsme ou du ressentiment, plus il peut être pur, puissant et bienveillant.

Il n’y a que la peur qui nous prive de cette sensation exaltante. La peur de ne pas être aimé en retour, la peur de souffrir, la peur de ne pas exister. Libéré de ses peurs, aimer pour aimer, apprécier le bonheur de l’autre, sentir cette sensation de plénitude et de liberté désentravée est un cadeau que l’on se fait à soi-même.

Depuis deux semaines, j’ai aussi repris des études. Des études de cinéma. Passionnant.

Autant les études en soit que le fait de retrouver une classe et cette ambiance si particulière d’un groupe en vase clos. C’est marrant comme on retombe vite dans d’anciens schémas en se retrouvant à devoir trouver sa place dans un groupe. Nos programmes intérieurs sont puissants, notre inconscient prend vite le dessus, nous dictant parfois des comportements qui ne nous ressemblent pas vraiment, mais qu’on répète en se retrouvant dans une situation similaire déjà vécue, pourtant près de vingt ans auparavant. Je me rends compte qu’il faut un certain temps pour maîtriser cela, activer l’esprit conscient, pour être réellement soi et ne pas porter le masque que notre inconscient aimerait nous voir revêtir, croyant nous protéger.

J’ai aussi éprouvé une vérité que je connaissais déjà : apprendre m’est vital, j’adore cela.

J’adore sortir de ma zone de confort, douter, ne pas comprendre et chercher à y parvenir, acquérir des connaissances, découvrir des choses qui m’étaient alors inconnues. Mais aussi élargir les perspectives créatives grâce à de nouveaux outils. Autre point exaltant : apprendre des autres. Rencontrer des personnes venues d’univers radicalement opposés parfois, les entendre parler de leurs expériences et gagner auprès de celles-ci, découvrir différentes maturités malgré les différences d’âges, remarquer les talents de certains et s’étonner encore du cadeau qu’offre la diversité.

J’ai aussi appris qu’il n’est pas facile de changer de vie. Qu'on ne repart jamais à zéro. Que cela demande des sacrifices, du courage et de la volonté, mais que la récompense est là. Le plus dur étant de laisser certaines choses derrière soi, c’est pourtant indispensable.


« Ne regardez pas derrière, ce n’est pas là que vous allez ».

Si vous vous écoutez et si vous êtes honnêtes avec vous-même, vous trouverez votre voie. Ensuite il suffira de ne pas céder à la peur. Peur du regard des autres, de l’échec ou même de la réussite pour certains. Il vous faudra les combattre. Faire la guerre à ces programmes qui vous tirent vers le bas ou vous auto-sabotent. Si besoin faites-vous accompagner, par un coach, un psy ou juste un ami. Chacun sa formule.

J’ai 36 ans le mois prochain.

J’ai appris que la vie est difficile mais que les moments de bonheur valent largement les soucis qui viennent les entraver parfois. J’ai appris que ce sont les personnes qui rendent heureux ; partager, échanger, connaître, découvrir, aider à grandir, à émerger, à se découvrir.

J’ai compris que certains pourront ne pas vous comprendre ou ne pas en avoir envie. Que d’autres se serviront de votre énergie pour se re-booster puis s’en iront. Qu’à l’inverse certains seront toujours là pour vous quand vous n’êtes pourtant pas très présent. Que tout cela s’équilibre sûrement dans une immense balance qu’est la vie. Qu’elle permet à chacun de grandir et d’apprendre à se connaître.

J’ai découvert que l’on peut aimer plusieurs fois, différemment, ce qui ne signifie pas moins intensément. Que chaque rencontre nous façonne et qu’une seule rencontre peut changer l’orientation de votre vie à jamais.

J’ai appris qu’il ne fallait pas croire tout ce que l’on pensait, qu’il n’y avait pas une vérité, mais autant qu’il y a de points de vue.

Que ceux qui jugent sont souvent ceux qui souffrent le plus. Qu’il n’y a pas de défauts mais que des axes de progrès. Et que s’ils paraissent comme tels, c’est aussi qu’ils sont le pendant de qualités exceptionnelles. J’ai appris qu’être parent est bien plus qu’une responsabilité.

C’est un privilège qui demande beaucoup d’attention et de recul, de remise en question et d’amour évidemment. Que le premier à tirer bénéfice de donner est le donateur lui-même.

Qu’il n’y a rien de plus précieux que le temps. Qu’en offrir ou en accorder est un des plus beau cadeaux que l’on puisse faire. Qu’il ne sert à rien de chercher à en gagner, parce qu’il est là devant nous et que c’est un don gratuit. Il suffit de le prendre.


Alors … je vous en prie … prenez le temps.


Et si besoin prenez « votre » temps puisque selon notre ami Albert, ce dernier est relatif.

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