" Notre part d'ombre "

Mis à jour : 11 mai 2020

Une tendance à se mettre en colère, à être jaloux, à éprouver de la haine, du ressentiment ? Des défauts que vous aimeriez cacher ? Découvrez pourquoi ils faut les creuser et les assumer.



Il m’a fallu plus de temps pour écrire cet article.

Le sujet est plus lourd à aborder, plus personnel aussi, il concerne nos failles à tous, et donc les miennes aussi.

Cet essai sera moins documenté que ceux qui l’ont précédé, plus personnel, plus intime. Je vais davantage vous y parler de mon expérience, et de mon vécu, parce qu’assumer sa part d’ombre, c'est déjà parcourir une grande partie du chemin vers son "vrai moi".

Identifier notre part d’ombre c’est d'abord connaitre ce qu'englobe se terme. Ensuite, comprendre son origine, là où elle prend naissance et s’enracine, pour ensuite l’accepter et l’apprivoiser. Cette dernière étape est essentielle pour se construire et devenir adulte, avoir des relations saines, en amitié, dans le travail, et en amour.

« Ce que nous nommons défauts, sont le fruit de nos peurs bien souvent inconscientes ».

Qu’est-ce que notre part d’ombre ?


Notre part d'ombre, ce sont nos défauts, ces comportements, ces traits de caractère qu’on aimerait cacher au regard des autres, que l’on n’assume pas, qu’on voudrait garder dans l’ombre.

Ce sont des aspects de notre personnalité que l’on trouve peu reluisant, ou des envies non assumées, des attitudes que nous rejetons mais qui semblent faire partie de nous, contre lesquelles nous luttons. Une tendance à se mettre en colère, à être jaloux, à éprouver de la haine, du ressentiment, etc … sont autant de défauts, et la liste n’est pas exhaustive, qui peuvent composer notre part d’ombre.

Pour commencer ce travail, il nous faut comprendre une chose à la fois simple et magique :

Il n’y a que deux sentiments partagés en ce monde : la peur et l’amour.

Pour ma part, cette notion a radicalement changé ma compréhension et ma manière de voir les choses.

De ces deux sentiments découlent tous les autres : frustration, colère, culpabilité ou bien joie, confiance et paix. Vous l’aurez compris, c’est donc dans la peur que votre zone d’ombre va naitre, et cela dès votre plus jeune âge.

Ce que nous nommons défauts, sont le fruit de nos peurs bien souvent inconscientes. Cette zone d’ombre, nous essayions souvent de la nier, de la supprimer, alors qu’en réalité elle révèle l’essence même de ce que nous sommes. Elle abrite nos dons les plus précieux et, en regardant ces aspects de nous-mêmes, nous pouvons non seulement faire l’expérience de l’acceptation complète de soi, mais aussi et surtout, comprendre les origines de ces peurs, les guérir et grandir.

"Les cinq blessures"


L’auteur Lise Bourbeau, définit cinq blessures fondamentales à l’origine de nos peurs, de nos maux physiques, émotionnels ou mentaux.


Ces cinq blessures, le rejet, l’abandon, l’humiliation, la trahison et l’injustice, tous nous y avons été confrontés enfant, à des degrés divers. Tous nous avons une blessure plus importante qui va orienter la personne que nous devenons ensuite et que nous sommes aujourd’hui. Il est impressionnant d’ailleurs de voir traduit par des mots des comportements que vous aviez peut-être depuis des années sans les comprendre. Il est surtout libérateur de s’apercevoir que vos actions, vos défauts, cette part d’ombre, n’est pas une fin en soi ni une fatalité. Elle a une origine bien précise, et la comprendre vous permet ensuite de discerner le « masque » que vous avez créé et que vous portez afin de supporter et de cacher cette blessure, masque qui vous empêche d’être vous-même, guidé par la peur plus que par l’amour.


Personnellement, suivant les conseils d’une amie qui m’a ouvert beaucoup de porte sur cette compréhension de mon « moi profond », pourtant dubitatif dans un premier temps, j’ai appris énormément grâce à ce livre, et si ce n’est déjà fait, je vous invite vivement à lire.


Pour ceux qui ne me connaissent pas, je sui une jeune homme de trente cinq ans.

Second d’une fratrie de quatre enfants, une fille et trois garçons d’un an d’écart chacun, et le premier garçon. Nous étions une famille ordinaire des années 1990 vivant dans une petite cité HLM, plutôt calme et agréable. Mon père travaillait à l’usine. Les fins de mois étaient difficiles, mais nous n’avons manqué de rien. Même si nous étions très loin de l’opulence, il y avait « toujours un biftèque dans l’assiette », et les frites maison du dimanche égayaient le quotidien.

Ma mère élevait ses quatre enfants, dont trois garçons plutôt turbulents, jonglant entre les courses, le ménage, les repas, les devoirs, bref « tenir la maison » comme on disait à l’époque.

Alors pour tenir et accompagner sa solitude, un petit verre n’était pas de trop ...


Je n’avais que cinq ou six ans quand ma mère à commencer à boire. Le petit verre était rapidement insuffisant. En peu de temps, il s’est transformé en un, puis deux, puis trois … litres d’alcool par jour. Évidemment avec, le package complet.

D’abord les disputes avec mon père, presque chaque soir, chaque jour. Puis les coups ; sur lui d’abord.

Elle le frappait avec une violence extrême malgré ses cinquante petits kilos à elle, et ses cent kilos à lui, sans qu’il ne réagisse, ni à ses coups, ni à la situation. A force, il rentrait le plus tard possible, ce vautrait devant la télé, essayant de faire abstraction des insultes qui fusaient. Il se prit un jardin comme il s’en louait à l’époque, pour décompresser surement et être le moins possible à la maison. Quand enfin il daignait rentrer, les disputes éclataient tout de suite, il supportait, une heure, parfois deux, puis partait à nouveau, dormait souvent dans sa voiture et allait directement au travail le lendemain.

Pour ma mère, la pression devait tout de même sortir : la colère, la frustration et la rage accumulée tout au long de la journée, en même temps que les grammes d’alcool, devaient trouver un exutoire. Alors elle jetait sa rage sur celui qui « ressemblait le plus à son père » comme elle disait « la même gueule de con ».


D’abord ce n’était « que » des insultes. Mais ce sont elles qui vous marquent le plus.

Vous le réaliserez plus tard…

« fils de con » « petit con » «pd » « marron de brun » « t’es qu’une merde» « t’es qu’un fils de pute … et t’es pas mon fils »

Quand elles font partie de votre quotidien, qu’elles sortent de la bouche de votre mère, elles deviennent la norme, elles deviennent votre vérité. Votre inconscient les imprime, les intègre, et construit ainsi votre blessure, vos futur schémas et vos zones d’ombre.


Bientôt les crachats au visage se mêlent aux insultes. Plus que les humiliations verbales, ils expriment un dégout profond pour la personne, c’est du moins ce que l’on ressent. Enfant, vous ne le comprenez pas encore mais, plus tard, les manques de respect sous toutes les formes vous paraitront insupportables. Votre blessure s’enracine.


Rapidement, les coups rejoignent les insultes et les déferlantes de colère, pour devenir une banale histoire d’enfant battu.

Des simples baffes quotidiennes, aux coups de pieds, aux chaussures envoyées au visage, quand elle ne parvient pas à vous atteindre, aux coup de bâton pendant la nuit pour vous réveiller parce qu’elle doit se défouler. Par chance, le jeu trouve toujours sa place dans l’enfance. Alors on pariait avec mes frères, a qui se ferait le plus « défoncé ». On cherchait même parfois à la faire sortir de ses gongs pour voir qui tiendrait le plus longtemps. On cachait les bouteilles, devant tenir le plus longtemps possible sous les coups avant de cracher le morceau. Pour avoir une forme de contrôle sur la situation, peut-être. Juste pour jouer et en rire, surement.

Être violent et dur, nous rabaisser les uns les autres, nous moquer, était aussi devenu un mode de communication normal entre nous. Nous ne connaissions que celui-là.

Rapidement j’ai dû me créer un refuge, un moyen de m’échapper. Le dessin et la création sont devenu support à l’évasion, je pouvais créer, me dessiner un futur, un monde à moi.

Pendant des années, pas un jour ne s’écoulait sans son lot d’humiliation, de coups, d’insultes, de mes six à mes dix-sept ans. Les pompiers à la maison, la police, les cris, la honte à l’école, devant les voisins, l'envie de disparaitre, que cela change, qu'on nous sauve.


A cet âge où l’adolescent se construit, les mots sont comme des épées qui vous transpercent.

« Tu n’es qu’une merde de toute façon » « ta chérie là elle s’en fou de toi, elle va ta quitter dès qu’elle se rendra compte de qui tu es ».

Comme un ordinateur quand lequel on rentre un code, ces phrases s’inscrivent en vous. Vous finissez par y croire. Elles font parties de vous. Chaque évènement de votre vie qui aura de près ou de loin un rapport avec cette phrase vous touchera au plus profond de votre âme. Il touchera votre peur. Votre peur que tout cela soit vrai. Une rupture ? Une remarque sur votre travail ? Sur votre manque de professionnalisme ? de fiabilité ? une simple remarque sur la manière dont vous éduquez vos enfants, et votre blessure et ravivée, remise a nue. Mais bien sur il faut du temps pour le comprendre.

A l’âge de dix-sept ans j’ai quitté la maison. Une énième dispute, encore des insultes, encore des coups, encore un père absent qui ne me protège pas, qui n’est pas un homme pensais-je.


J’ai pris un appartement et poursuivis mes études. Très vite j’ai rencontré quelqu’un et me suis mis en couple. Rapidement, je me suis marié et ai eu des enfants. Comme si je voulais conjurer le sort.

Je ne vais pas détailler ici cette relation, mais évidemment plusieurs choses n’allaient pas. J’avais peur de la perdre alors j’ai accepté beaucoup de choses. J’étais dur et montrait un masque d’homme virile, tout ce que, pour moi, mon père n’avait pas été. Je ne montrais que peu ou jamais mes sentiments même si en moi tout était différent. Je ne m’aimais pas. Je crois n’avoir jamais pleuré. Aucune de mes blessures n’étaient guéries, alors elles se réveillaient dès que possible, aux moindres stimuli.

Après notre séparation, il m’était à la fois difficile de faire confiance, et dans le même temps, je pouvais la donner entièrement sans condition à quelqu’un. Cela n’avait pas de sens pour moi. J’étais aussi bien plus facilement amie avec des femmes qu'avec des hommes, et je recherchais ces relations d'amitié. Dans le travail, sans cesse je cherchais l’approbation des femmes. Je me moquais si ce que je faisais ne convenait pas à mon patron, mais si sa femme me disait qu’elle n’était pas contente, toute ma confiance pouvait s’écrouler, et je redoublais d’effort pour la satisfaire, l’impressionner. Dans mes relations qui ont suivi, amicale, ou amoureuse, je me cherchais sans cesse des « secondes maman ». En couple, je recherchais bien sur l’admiration et l’amour de ma compagne, mais aussi sans cesse l’amour et l’approbation de leurs mères bien plus que de leur père.

En parallèle, je me cherchais des mentors, mais ces relations étaient différentes, il n’y avait jamais d’émotion, de sentiments, c’était plutôt une image paternelle que je recherchais, qui correspondait pour moi à un idéal. Des exemples. Ainsi, recherchant l’amour des « mères » et des « exemples de père » j’avais évidemment beaucoup de mal à me construire, même si globalement cela ne m’empêchait pas de m’en sortir professionnellement et personnellement. Mais ce sentiment profond d’incompréhension et d’insatisfaction, de recherche de qui j’étais vraiment me pesait, souvent inconsciemment.


J’avais par exemple beaucoup de mal avec ceux qui ne tenaient pas leurs engagements, et j’avais pourtant énormément de mal à tenir les miens. J’étais mal à l’aise quand les gens parlaient mal des autres, et j’avais pourtant tendance à le faire, à me moquer, voir même à en être l’instigateur, ayant l’impression que cela m’apportait du coup la reconnaissance de mon auditoire.

Ces petites doses nourrissaient mon ego, mais pas mon moi intérieur et profond qui était affamé. Cette attitude ne me ressemblait pas, pourtant c’était comme cela que j’apparaissais au regard des gens, comme si je portais un masque.

J’avais conscience souvent de renvoyer l’image d’un homme pédant, ou qui se prend pour ce qui n’est pas, quelqu’un a même dit une fois « puant » et cela m’a blessé profondément. Je détestais et déteste toujours cette image, pourtant, il m’était impossible d’aller contre, comme si je luttais sans cesse, sans y parvenir, pour retirer ce masque.

Je n’en étais pas conscient mais cette façade d’assurance exacerbé, une part d’ombre pour moi, me permettait et me permet toujours à vrai dire, de cacher mes failles, mes peurs profondes de ne pas être à la hauteur.

Être dur, ne pas montrer mes sentiments, que je considérais alors comme des faiblesses, me permet de ne pas paraitre vulnérable et me fait croire que je ne vais pas souffrir.

Faire croire que je n’ai pas peur que l’on m’abandonne, cache évidemment une peur panique que cela arrive.


Bien sûr j’ai compris bien plus tard les origines de tout cela (il y a très peu de temps à vrais dire).

La lecture du livre de Lise Bourbeau, « les cinq blessures qui vous empêchent d’être vous-même », m’a vraiment ouvert les yeux sur tout cela et permit de comprendre ma bataille intérieure.


Ma blessure principale est celle de la trahison. Chaque blessure nous fait porter un masque différent, le miens est celui du contrôlant. Si je contrôle ce qui se passe on ne pourra plus me trahir ou me blesser. Mais en portant ce masque, je ne fais qu’accentuer ma blessure, et reproduire les schémas.

Il est important de comprendre la blessure et de la guérir pour sortir de ce système, et enfin être vous-même. Je me suis senti trahis par ma mère et mon père parce qu’ils ne m’ont pas donné l’amour que je méritais, ils m’ont trahi parce qu’ils n’ont pas été les parents qu’ils auraient dû être.


Sachant cela, j’ai tenté d’apprendre d’où venait le comportement de ma mère, le problème avec l’alcool n’étant évidemment qu’une partie émergée, il cachait lui aussi une blessure profonde. J’ai ainsi pu comprendre, accepter et pardonner. J’ai maintenant une relation apaisée avec elle, et une relation basée sur l’amour, plus sur la peur. Pour mon père, c’est plus difficile, mais je vais y parvenir aussi.

Laisser tomber le masque qui cache votre blessure vous permettra d’être vous-même, petit à petit, et de plus en plus. Vous vous sentirez plus libre et plus en paix. Le chemin est long et difficile mais la récompense est grande.


Je terminerais sur ce par quoi j’ai commencé :

« Il n’y a que deux moteurs qui peuvent vous faire avancer dans la vie : la peur ou l’amour.»

C’est vous qui faites le choix de celui qui la propulsera. Personne d’autre.


Vous êtes le seul maitre à bord, « capitaine de votre âme et maitre de votre destins »

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