" Quête de sens et addictions "

Il est d’usage de dire que l’on cherche tous un sens à nos vies. Il est aujourd’hui prouvé scientifiquement que cela est même nécessaire à cette dernière.


Pourtant nous vivons une époque où trouver du sens est plus difficile que jamais.


Malgré l’accès à un confort inégalé dans l’histoire de l’humanité, à une vie plus longue qui devrait être plus douce, nous peinons à être heureux. En parallèle, jamais la consommation de drogues, d’opiacés, de vidéos pornos, de médicaments et d’alcool n’a été aussi importante, devenant un véritable fléau pour de nombreux pays. On dit souvent que l’on boit pour oublier et la formule ne saurait mieux résumer ce qui se passe dans notre cerveau.

L’homme a toujours porté en lui des désirs de permanence, d’éternité. La mythologie, la religion, l’idée que l’on fait partie d’un tout plus élevé et structuré a toujours guidé et porté l’être humain, pendant de nombreux siècles et encore aujourd’hui.


Rien n’est plus angoissant que de se dire que rien n’a de sens, qu’il n’y a pas de but, que rien de ce que l’on fait ne compte. Au moment où cela arrive dans nos vies, cela peut être comme une fêlure interne difficile à maîtriser, à exprimer et surtout à « résoudre ».


Notre cerveau reptilien a pour mission de combler nos besoins primaires. Il sait que certains, physiologiques par exemple, doivent être satisfaits pour rester en vie.

Mais Aristote disait aussi que « l’homme est un animal social ». C’est-à-dire que l’humain a par nature un besoin social tout aussi important que les besoins physiologiques.

Aujourd’hui les avancées en neuroscience, psychologie clinique et sociale vont dans ce sens, l’équilibre psychologique étant également nécessaire pour la survie.

Selon la hiérarchie de Maslow, remise en question par ces récentes approches, cela ne signifierait pas que le « besoin social » devrait être à la base de la pyramide, mais plutôt omniprésent à chaque étage. Prendre en compte, entre autre, les relations sociales dans notre compréhension des motivations paraît aujourd’hui indispensable.


Sébastien Bohler, dans son livre "le bug humain", va plus loin. Pour lui, l’adéquation entre nos valeurs et nos actes est tout simplement vital.

Sans cela - sans sens - l’esprit peut tout simplement s’effondrer.


Mais qu’est-ce qui, dans notre cerveau, crée cette « réaction » à une situation qui manque de sens et qui potentiellement génère cet effondrement ?

Le cortex cingulaire antérieur

Cette partie du cerveau, au fond du sillon central (si jamais vous avez envie de la situer), détecte si une contradiction apparaît entre nos buts, nos valeurs et nos actions, et active alors une réaction d’alerte.

Cela peut avoir différents effets en fonction des personnes. Il peut s’agir d’hormones de stress, de crises d’angoisse, de manifestations cutanées.

Ce qui est certain c’est que cette partie de votre cerveau tente de vous alerter provoquant une réelle sensation de mal-être.


« Le cortex cingulaire se déclenche quand on a l’impression de ne plus pourvoir interpréter le monde dans lequel on vit, ou ne plus savoir se déchiffrer soi-même ».

Les décharges d’hormones de stress ont pour but de vous aider à trouver un comportement qui va assurer votre survie. Mais notre esprit n’a pas été conçu pour évoluer dans un monde tel que nous le connaissons aujourd’hui.

À une autre époque, lorsque nous vivions en pleine nature, la réaction du cerveau humain face à un danger avait toute son utilité. Dans une situation stressante comme se retrouver nez à nez avec un tigre aux dents de sabre, ce dernier produisait cortisol et adrénaline afin de monopoliser nos capacités de survie, permettant de réfléchir et de courir plus vite. Le cortisol par exemple augmente la synthèse de glucose au niveau du foie. Davantage de glucose est relâché en circulation sanguine afin de fournir l'énergie nécessaire pour faire face à la situation.

Mais aujourd’hui, les « tigres aux dents de sabre » sont à tous les coins de rues, et notre corps lutte en permanence pour sa survie, provoquant du stress chronique et des angoisses récurrentes chez nombres d'entre nous.


Nous vivons dans une civilisation de l’absurde, de la contradiction permanente, où l’angoisse est omniprésente. Mais là encore notre cerveau n’est pas toujours notre allié. Nous sommes par exemple sur la pire trajectoire en termes de réchauffement climatique, pourtant nous continuons à adopter des comportements qui détruisent notre civilisation.


A qui la faute ?


Le plaisir pour oublier


A cette autre partie de notre cerveau, le striatum, qui lui ne désire que consommer, et se nourrit de plaisirs faciles et instantanés.


Depuis la renaissance et la révolution industriel, nous n’avons cessé de construire une économie et une société basées sur la satisfaction des pulsions de notre cerveau reptilien, vers plus de plaisir, plus de confort. C’est lui qui est aux commandes, et cette structure de notre cerveau n’a pas de projection d’avenir, mais uniquement du plaisir immédiat. Il ne prend que ce qui se présente sur le moment, exactement comme quand vous achetez quelque chose et que cela vous procure un sentiment de bien-être instantané, même si vous savez que vous ne devriez pas.


En opposition, l’autre partie de notre cerveau, le cortex cingulaire, lui, veut comprendre.

Comprendre où l’on va, d’où l’on vient, si nos actes sont conformes. Il cherche de la cohérence.

Il aime maîtriser les choses, pouvoir prédire les événements.

Alors la consommation va pour un temps combler, ou plutôt palier ce manque de sens. La consommation tout court, mais aussi l’absorption de drogues, d’alcool, ou tout autre addiction, vont éteindre ou calmer le cortex cingulaire pendant un temps plus ou moins long et cela pour plusieurs raisons.

Déjà parce que comme nous l'avons évoqué, cette partie du cerveau aime les situations rassurantes, être en mesure de prédire ce qui va advenir. Or, votre cerveau sait qu’en consommant, une réaction de plaisir va en résulter automatiquement ; cela calme et rassure votre cortex cingulaire. C'est pourquoi il est aussi souvent à l'origine des troubles du comportement alimentaire. Mais ce n’est pas tout.

La cocaïne, par exemple, est la molécule par excellence pour éteindre le cortex cingulaire. Elle permet d’anesthésier notre organisme au manque de sens. De le lui faire tout simplement oublier.

La morphine, le cannabis et l’alcool ont la même faculté.

Mais leur consommation a pour effet à long terme de réduire la taille de ce dernier, finissant par vous déconnecter de la réalité. Et ce n’est pas anodin si ces addictions deviennent un fléau majeur de notre société depuis un peu plus d’un siècle.

Le cerveau peut aussi aller chercher du sens ailleurs. La multiplication des théories du complot, les replis identitaires, intégrisme ou radicalisation sont des exemples de ce besoin de trouver du sens ou d’en donner dans une période où les repères volent en éclats.

L’esprit cherche une explication, une logique, de l’ordre, des raisons.

Des études ont aussi montré que c’est cette même partie du cerveau qui s’attache au lien social, au groupe, au besoin d’appartenance, or c’est ce dont nous manquons cruellement aujourd’hui.


Appartenance, cohérence et sens


Nous nous rendons compte aujourd’hui que notre société et système consumériste, cherchant la croissance avant tout, au-delà de détruire notre planète, ne nous rendent pas heureux.

Nous ne voulons plus simplement du confort, nous avons besoin de sens.


Alors quelles solutions ?

Connaître le mécanisme de notre cerveau nous permet de comprendre davantage certains comportements et états. Il nous invite aussi a davantage de respect envers notre corps et ses incroyables facultés.

Ce mécanisme est un système de protection de notre cerveau très ancien, et s’il est encore là c’est qu’il a une réelle utilité pour notre survie. Le faire taire n’est pas la solution.


En revanche appréhender ses angoisses, comprendre leurs sources et prendre de la distance avec ces dernières est vital.

S’écouter et ne pas accepter une situation qui nous provoque de l’inconfort est primordial.

Faire le point entre ses valeurs et ses actions, ce que nous pensons et ce que nous faisons, ou acceptons de faire, l’est tout autant.


Développer un esprit critique par des lectures avisées en remettant en doute ses propres opinions et ses propres analyses nous permettra aussi de grandir et de donner plus de sens à nos actes, puis à nos vies, mais aussi d’être plus en accord avec ces derniers.


Ensuite il nous faut décider de ce que l’on veut véritablement (même si nos cerveaux entrent en conflit), s’y tenir et œuvrer pour ses valeurs ou désirs profonds.


Les rituels peuvent aussi nous aider à redonner du sens. Ils peuvent être personnels, certaines habitudes calment l’esprit, la nervosité et canalisent l’énergie.

Les sens nobles, les buts profonds, sont davantage porteurs quand ils sont partagés, au carrefour de plusieurs individus. N’oublions pas que le lien social est le fondement de notre société et un élément indispensable à notre bonheur.


Il a aussi été prouvé que la contemplation, de la nature par exemple, qu’être face à un spectacle, une vue qui suscite de la grandeur, ou encore une mission, une grande idée, contribue à calmer cette zone du cerveau et produit chez l’être humain un véritable état d’apaisement.


Comme toujours, tout mal à une origine.

La connaître puis la comprendre permet d’y apporter des solutions ou tout du moins de vivre avec de manière apaisée. Le chemin n’est pas aisé, mais écouter les signaux que nous envoie notre corps et comprendre le fonctionnement de notre esprit ouvre des portes je crois à un réel bien-être, et qui sait, à un sens bien plus grand.


À lire : Le bug Humain de Sébastien Boher

À écouter : Podcast " Métamorphose" d'Anne Ghesquière

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