" Travailler moins pour gagner + "

Mis à jour : 5 août 2020

L'idée d'une carrière et de l'importance de "gagner sa vie" est un schéma qu'on grave en nous dès le plus jeune age. Passer entre 7, 10, 12h par jour au travail 5 à 6 jours par semaine est devenu la norme, tant et si bien que nous ne nous interrogeons plus sur ce qui pourtant semble être une ineptie. Une autre voie plus épanouissante est-elle possible ?



Nous ne pouvons le nier, pour la plupart d'entre nous, le travail occupe une place prépondérante dans notre vie, et catalyse une grande partie de notre temps. En a-t-il toujours été ainsi ? Pourquoi a-t-on ce sentiment de passer sa vie au travail ?

Comment passer d'un travail au centre de notre vie à une vie épanouissante avec un peu de travail.

« Le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin » Voltaire

Faire un état des lieux du travail, de son histoire, de ce qu'il représente en temps et en valeur aujourd’hui me semble intéressant pour commencer.


Un peu d'histoire pour comprendre


Pendant longtemps, le travail n’a pas été un bloc monolithique séparé des autres dimensions du monde social.

Il n’était pas non plus au fondement de l’ordre social. Les sociétés primitives ne connaissent pas la « valeur » travail. Certaines n’ont même pas de mots distincts pour séparer les activités productives des autres comportements humains.


Les activités nécessaires de ces sociétés correspondent à des besoins tels que la faim, la soif, la sécurité, la protection contre les intempéries ; pour satisfaire ces besoins, on a une action sur l’environnement – un travail – qui donne un produit d’où résulte la satisfaction du besoin.

Les besoins sont satisfaits en peu de temps et avec le minimum d’efforts. L’idée de besoins illimités est inexistante, la logique d’accumulation et de production pour l’échange aussi. Quand les besoins sont satisfaits, on passe à d’autres activités plutôt sociales et ce sont elles qui structurent la société.


Alors qu'est ce qui à apporté le changement que nous connaissons aujourd’hui ? :


L’invention de l’agriculture et de l’élevage.


Le surplus de subsistance qu’ils permettent rend possible la sédentarisation.

La sédentarisation amène la délimitation du territoire et la propriété privée. Plus tard, l’urbanisation est la conséquence de la productivité agricole. C’est le terreau où vont se développer l’invention, la multiplication et la complémentarité des activités : les métiers puis le commerce, l’invention de l’écriture, le calcul… La civilisation !


D’abord, il n’est question que d’un échange de services avec le voisin : le troc. Déjà, le produit du travail échappe à l’homme et sert à satisfaire les besoins d’autrui. Puis l'argent remplace le troc.

Avec l’invention du chef et le régime de division des tâches, l’autorité se réserve le rôle de la « tête », elle s’approprie la fonction de conception et de décision.

Les subordonnés sont réduits au rôle d’exécution. L'idée de patron et d'ouvrier est née.

Petit à petit, le travail va dépasser l'idée de moyen de subsistance pour devenir une valeur, un moyen de se valoriser, et même de s'accomplir.


Pourtant, même si aujourd’hui on à le sentiment de passer sa vie au travail, les chiffres semblent nous faire mentir.


" Quelle que soit la place que le travail occupe dans nos esprits, sa part réelle dans nos existences a pourtant considérablement fondu au fil du temps." C’est ce que révèle le sociologue Jean Viard : "Entre l’allongement des études, l’accroissement de la longévité et les évolutions de la loi au fil du temps sur les jours de repos, la durée hebdomadaire, nous ne passons en moyenne plus que 12% de notre vie à travailler ! Pour mémoire, au début du siècle, nous y consacrions 40% de notre existence, sous la troisième République, 70%. Le travail écrasait nos vies."

Véronique Radier pour L'obs.


Alors pourquoi cette sensation, encore aujourd’hui, que nous passons le plus clair de notre existence à travailler ?


L'article poursuit :

Aujourd’hui les heures ont fondu mais le travail s’est "densifié, intensifié et les entreprises restent figées sur des représentations et des pratiques qui empêchent leur salariés de s’organiser au mieux pour concilier vie personnelle, vie familiale et impératifs professionnels. Le pic du bonheur se situe aujourd’hui à 70 ans ! Et il est au plus bas entre 20 et 50 ans, au moment où il faut tout mener de front, vie professionnelle, familiale avec l’éducation des enfants. C'est pourquoi beaucoup accordent tant de valeurs à la retraite, et à son age de départ.


Ainsi, le premier problème n'est pas tant le temps que nous passons au travail que la place que nous lui accordons, dans notre vie et dans notre esprit.

Le second est que, particulièrement depuis l'ère industrielle, le travail ne nous sert plus à combler nos besoins primaires, mais tout les autres besoins que nous nous sommes créés ensuite.


Plus qu'une explication longue sur l'ineptie de tout cela, c'est une petite histoire qui m'a fait ouvrir les yeux sur la place que le travail devrait avoir dans notre vie. J’espère qu'elle vous fera vous aussi réfléchir. La voici :



Un investisseur américain se promène au bord de l'eau dans un petit village côtier mexicain.

Un bateau rentre au port, contenant plusieurs thons. L'Américain complimente le pêcheur mexicain sur la qualité de ses poissons et lui demande combien de temps il lui a fallu pour les capturer. - " Pas très longtemps ", répond le Mexicain. - " Mais alors, pourquoi n'êtes vous pas resté en mer plus longtemps pour en attraper plus ? ", demande le banquier. Le Mexicain répond que ces quelques poissons suffiront à subvenir aux besoins de sa famille. L'Américain demande alors : - " Mais que faites-vous le reste du temps ? " - " Je fais la grasse matinée, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme. Le soir je vais au village voir mes amis. Nous buvons du vin et jouons de la guitare. J'ai une vie bien remplie. " L'Américain l'interrompt : - " J'ai un M.B.A. de l'université de Harvard et je peux vous aider. - "Vous devriez commencer par pêcher plus longtemps. Avec les bénéfices dégagés, vous pourriez acheter un plus gros bateau. Avec l'argent que vous rapporterait ce bateau, vous pourriez en acheter un deuxième et ainsi de suite jusqu'à ce que vous possédiez une flotte de chalutiers. Au lieu de vendre vos poissons à un intermédiaire, vous pourriez négocier directement avec l'usine, et même ouvrir votre propre usine. Vous pourriez alors quitter votre petit village pour Mexico City, Los Angeles, puis peut être New York, d'où vous dirigeriez toutes vos affaires ! " Le Mexicain demande alors :

- " Combien de temps cela prendrait-il ? " - " 15 à 20 ans, répond le banquier. " - " Et après ? " - " Après, c'est là que ça devient intéressant, répond l'Américain en riant. Quand le moment sera venu, vous pourrez introduire votre société en bourse et vous gagnerez des millions. " - " Des millions ? Mais après ? " - " Après ? Vous pourrez prendre votre retraite, habiter dans un petit village côtier, faire la grasse matinée, jouer avec vos enfants, pêcher un peu, faire la sieste avec votre femme, et passer vos soirées à boire et à jouer de la guitare avec vos amis !"



Vous étés il déjà arrivé, en vacance, avec très peu ; un barbecue, quelques boissons fraiches, la nature, et quelques amis ; de vous dire que la vie, c’était ça ?

Et bien j'ai une bonne nouvelle pour vous ! La vie, c'est bien ça !


Le roi Salomon ( ou je le cite souvent je l'aime bien lui ), considéré comme ayant une immense sagesse, en plus d’être immensément riche, écrivait il y' a 3000 ans :


" Tout ce que mes yeux avaient désiré, je ne les en ai point privés; je n'ai refusé à mon cœur aucune joie; car mon cœur prenait plaisir à tout mon travail, et c'est la part qui m'en est revenue. Puis, j'ai considéré tous les ouvrages que mes mains avaient faits, et la peine que j'avais prise à les exécuter; et voici, tout est vanité et poursuite du vent, et il n'y a aucun avantage à tirer de ce qu'on fait sous le soleil.


« il ne manque à l’oisiveté du sage qu’un meilleur nom, et que méditer, parler, lire et être tranquille s’appelât travailler » La Bruyère

En cette période de confinement, interrogeons nous.

Quel place occupe le travail dans ma vie ? Pourrais je mener une vie plus simple, me contenter de moins et ainsi passer moins de temps à travailler ?

Listez ce que cela vous permettrait est une bonne source de motivation.


Vous rêvez d'apprendre à jouer du piano mais ne trouvez pas le temps ? Vous aimeriez récupérer vos enfants après l’école mais n'en avez jamais la possibilité ? Vous aimeriez avoir du temps pour lire, apprendre, faire un voyage de plusieurs mois avec juste un sac a dos ?

Est ce que cela n'est pas plus important que d'acheter une voiture plus puissante ou plus récente, un appartement plus grand avec des moulures au plafond, une bouteille hors de prix à cette soirée, ou un sac représentant trois mois de salaire dont vous croyez rêver ?


J’ai ma réponse ; à vous de trouver la votre :)

Pour avoir expérimenté cela pendant plusieurs années, m’être perdu parfois en pensant que plus d'argent grâce à plus de travail pouvait apporter plus de sécurité, épanouissement et bonheur, je peux vous assurer qu'il n’en est rien.


Rien ne vaut la douceur de vivre d'une vie avec moins. Moins de travail, moins de soucis, moins de pression ... pour finalement gagner plus !


Plus de temps avec la femme ou l'homme que vous aimez, plus de temps pour la connaitre davantage, plus de temps avec vos enfants. Du temps pour apprendre, enseigner et partager.

Du temps pour faire la sieste, pour savourer, pour cuisiner. Plus vous apprenez à vous passer des choses inutiles, moins vous en avez besoin, car votre mode de vie vous remplira d'un profond bonheur, et vous n'aurez plus à compenser ce manque.

Vous savourerez alors le réel plaisir de vivre au lieu d'attendre après un week-end ou une semaine de vacance pour tout juste y gouter.


Je terminerai par cette jolie citation de Raoul Vaneigem à méditer :

« Le travail a été ce que l’homme a trouvé de mieux pour ne rien faire de sa vie. »

Bonne journée à tous !



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